Il y a des albums qui s’écoutent en surface et d’autres qui se traversent, se vivent littéralement. Mirages II, la nouvelle collaboration entre JB Dunckel (moitié du légendaire duo AIR) et Jonathan Fitoussi, appartient sans conteste à cette deuxième catégorie. Un disque qui ne se laisse pas dompter d’une seule écoute, qui invite à la dérive autant qu’à l’introspection et que nous sommes fiers de mettre en avant aujourd’hui sur Hits Actus !

Un mirage sonore, entre rêve et architecture
Cinq ans après Mirages, premier volet né de sessions au Studio Venezia de Xavier Veilhan lors de la 57e Biennale de Venise, le duo prolonge l’aventure avec une approche encore plus affinée. Moins une suite qu’un nouveau territoire à explorer, cet album façonne des paysages sonores où les textures synthétiques se superposent comme des strates de béton brut, où chaque note semble flotter dans une brume électrique.
Dunckel et Fitoussi bâtissent une musique qui évoque autant l’architecture moderniste que l’horizon mouvant du krautrock. Les nappes aériennes rappellent Tangerine Dream, les pulsations hypnotiques empruntent à Neu! et la précision du sound design évoque Brian Eno. Pourtant, loin de la citation nostalgique, Mirages II invente son propre espace, entre contemplation et mouvement.
« Ghost Town » : une ville fantôme sous hypnose
Point d’orgue de l’album, Ghost Town en dessine clairement l’atmosphère. Dès les premières mesures, une pulsation sourde installe un sentiment de flottement, une impression de déréalisation. Un synthétiseur en apesanteur trace des ombres mouvantes sur des ruelles désertées, un battement de batterie surgit, lent, obsédant, comme un écho perdu dans les ruines d’un monde disparu.
Deyan Parouchev, à la réalisation du clip, a parfaitement saisi cette essence.
Un laboratoire sonore à ciel ouvert
Enregistré au Studio Atlas à Paris avec l’appui du batteur Louis Delorme, Mirages II prolonge le dialogue entamé sur le premier album mais avec une liberté encore plus grande. Là où Mirages conservait une certaine retenue, ce second chapitre se risque à des tensions plus marquées, des textures plus organiques, des espaces plus amples.
C’est un album qui se vit comme une errance à travers un territoire inconnu, où chaque détour révèle un détail insoupçonné. Un disque qui refuse l’immédiateté pour imposer son propre rythme, son propre vertige.
En ces temps où la musique semble souvent dictée par la vitesse et l’éphémère, Dunckel et Fitoussi offrent un antidote précieux : une œuvre qui s’étire, respire et se dérobe, un mirage dont on ne cherche pas à s’échapper!
