Quand la French Touch rencontre l’espionnage loufoque, ça donne Banger, une comédie électro satirique qui revisite les codes de la scène musicale française avec une ironie savoureuse.
Si vous êtes né avant les années 2000, il est tout à fait possible que le mot banger vous échappe encore. Pourtant, ce terme s’est imposé dans le langage courant pour désigner « quelque chose qui déchire », souvent dans l’univers de la musique ou du divertissement. En clair, un banger, c’est ce morceau (ou ce film) qui envoie du lourd, qui fait vibrer. Et ce n’est pas un hasard si ce titre provocateur a été choisi pour le premier long-métrage de So Me, figure emblématique de la scène électro française.
A lire aussi : Les Samples dans le rap : indissociables et pourtant…
Quand Ed Banger Records devient le décor d’une fiction loufoque
Le clin d’œil est évident. Banger fait référence au mythique label Ed Banger Records, pilier de la French Touch, qui a propulsé des artistes incontournables comme Justice, DJ Mehdi, Cassius, ou encore Mr. Oizo. À la direction artistique de ce label culte ? So Me, de son vrai nom Bertrand Lagros de Langeron, qui passe ici de l’esthétique musicale à la mise en scène cinématographique. Et pour un coup d’essai, c’est un véritable feu d’artifice visuel et narratif.
« Si le scénario n’évite pas quelques facilités ou raccourcis, « Banger » remplit haut la main sa mission divertissante. » – Le Parisien
Dans cette comédie électro décalée, on suit les mésaventures de Scorpex (incarné par un Vincent Cassel hilarant), un DJ ringard en bout de course, recruté par la DGSI pour infiltrer les cercles de la nouvelle génération. Sa cible : Vestax (campé par le youtubeur et comédien Mister V), jeune prodige prétentieux impliqué dans une affaire de stupéfiants. Une intrigue volontairement absurde qui sert de prétexte à un déferlement de gags, de références à la culture rave, et à une critique piquante du star-system électro.
Une comédie musicale moderne, taillée pour les amateurs de films rythmés
Avec sa durée compacte de 1h31, Banger ne perd pas de temps. C’est un film de scènes marquantes, où chaque séquence est pensée comme un sketch visuel. L’écriture donne de l’espace aux seconds rôles savoureux : Laura Felpin, Alexis Manenti, Déborah Lukumuena ou encore Panayotis Pascot brillent tour à tour dans des apparitions jubilatoires. On sent derrière la caméra une volonté de casser les codes du film musical classique, pour mieux faire émerger une comédie d’espionnage électro à la française.
Un hommage déguisé à la scène électro française
Au-delà de l’humour potache, Banger est aussi un hommage vibrant – et un peu moqueur – à toute une génération d’artistes, de soirées underground et de clashs entre old school et new school. So Me connaît son sujet sur le bout des doigts, et ça se sent : chaque scène transpire la connaissance de l’univers qu’il pastiche.
« Scénario hautement improbable qui sert de prétexte à se moquer d’une certaine frange de la musique électronique, et à laisser son acteur principal s’épanouir dans la bouffonnerie : Cassel, impérial, joue avec un premier degré judicieux ce grand loser, qu’il prend un plaisir communicatif à confronter à des situations absurdes. » – Premiere
Avec ce petit Banger, le cinéma français prouve qu’il peut encore surprendre en mêlant habilement culture musicale, satire sociale et comédie grand public. C’est réellement une œuvre atypique, rafraîchissante, qui assume son côté barré sans jamais tomber dans la caricature creuse et ça fait du bien !

