Avec Solstice, son troisième EP paru fraichement ce Vendredi 14 novembre, LUFRO franchit un cap décisif. Non pas en cherchant le projet spectaculaire, mais en assumant pleinement ce qui fait la singularité de son arc créatif. Une manière frontale de traverser l’intime sans détourner le regard, de creuser la vulnérabilité jusqu’à lui donner une forme presque physique. Depuis rouge, qui tutoie aujourd’hui les 150 000 écoutes, quelque chose s’est précisé. LUFRO avance avec davantage d’assurance, mais conserve cette fragilité qui fait ce point d’équilibre rare entre lucidité et fièvre. C’est indéniablement une de nos plus belle découverte du mois sur Hits Actus !
Solstice est construit comme un film. Cinq titres reliés par un récit né d’une histoire d’amour traumatisante vécue à ses vingt ans. La passion qui déborde, la perte qui brûle, la reconstruction qui prend du temps, beaucoup de choses qui parleront à chacun de nous en somme. LUFRO y décortique les paradoxes du cœur, les sursauts d’espoir, les chutes inattendues.
Co-produit avec les beatmakers Waytoolost et DRAS, l’EP déploie une identité sonore dense, presque tactile entre guitares et basses en clair-obscur, batteries lourdes, rythmiques qui oscillent entre R&B contemporain, emo rap et refrains pop aux contours incisifs. On y entend une volonté d’affirmer un territoire, de façonner une langue musicale personnelle sans pastiche, ni imitation. Autodidacte, LUFRO écrit, compose, arrange et mixe lui-même chaque morceau. Rien n’est laissé au hasard.
Basé à Paris, l’artiste s’impose comme l’une des voix montantes de la scène urbaine alternative francophone. Et avec Solstice, il révèle surtout sa capacité à transformer le chaos en ligne claire. À faire de la mélancolie non pas un refuge, mais un espace de mouvement.
Pour saisir pleinement la portée de Solstice, il fallait laisser la parole à celui qui en a façonné chaque battement. Entre doutes, rupture et reconstruction, LUFRO avance avec une lucidité rare, conscient que la vérité d’un disque ne se mesure pas seulement au studio, mais à ce qu’il bouscule chez celui qui l’écrit. Son EP condense une mue artistique, une manière de survivre en transformant la blessure en langage sans détour, sans pose.

Rédaction Hits Actus : Félicitation pour ce magnifique projet d’envergure Lufro ! Qu’est-ce qui t’a poussé à transformer un vécu aussi intime en matière artistique ? Quel a été le déclic et le cheminement ?
Merci beaucoup ! Honnêtement, après mon dernier EP, j’appréhendais un peu la suite. J’ai toujours parlé d’amour dans mes chansons, et après en avoir écrit une centaine, j’ai eu le sentiment d’avoir fait le tour. J’avais prévu de prendre un peu de temps après la sortie de « rouge » (mon dernier EP) pour vivre de nouvelles choses, retrouver de l’inspiration. Mais je me suis remis à écrire au bout d’une semaine, en adoptant une nouvelle approche.
L’histoire d’amour que j’évoque tout au long ce « Solstice » m’a énormément impacté à l’époque et j’ai réalisé que j’en avais jamais vraiment parlé dans mes titres. Au même moment, j’ai découvert plusieurs films qui m’ont beaucoup touché et inspiré, et m’ont parfois rappelé mon vécu. C’est de là que m’est venu l’idée de faire un EP construit comme un film tiré d’une histoire vraie. Tout s’est vraiment bien aligné en fait.
On sent une tension entre le contrôle et le lâcher-prise. Comment navigues-tu entre ces deux pôles quand tu écris ? Comment cela impacte t’il ta DA ?
C’est vrai ! Je suis quelqu’un de vraiment timide dans le perso et la musique me permet d’être une version de moi-même que je n’oserait pas montrer en temps normal. Certaines choses que je dis dans mes textes, mon attitude dans mes clips et sur scène. C’est très libérateur. Ça a commencé comme ça, puis avec le temps, en comprenant mon style d’écriture, les sonorités qui me correspondent, et l’image avec laquelle je me sens complètement moi-même, j’ai progressivement façonner un univers artistique.
Tu décris cet EP comme un film. S’il fallait en isoler une scène centrale un plan qui résume tout) lequel serait-ce, et que raconte-t-il de ton parcours ?
Il y a un titre sur l’EP qui s’appelle « Shutter island, » qui me fait replonger dans cette histoire à chaque fois que je l’écoute. Même s’il y a pleins de métaphores dans le texte, je me revois dans cette relation, et comment je me sentais, à travers l’ambiance et l’émotion dans ce track. C’est pour cette raison que je l’ai placé au milieu de la tracklist. C’est un peu la pièce centrale du projet.
La co-production avec Waytoolost et DRAS semble avoir joué un rôle déterminant. Dans quels mesures ces collaborations ont révélé ton arc créatif ?
Oui ! Ma collaboration avec Waytoolost a démarré en 2024 sur mon single BRÛLE, qui a marqué un vrai tournant artistique pour moi. J’ai senti que j’avais vraiment trouvé mon style avec ce titre, même visuellement avec le clip. Pendant ma période de réflexion après « rouge, » j’ai eu un vrai déclic en entendant une prod de Waytoolost, qui est devenue « Incognito » (sur Solstice). J’ai directement su que j’allais dans la bonne direction. J’ai eu un gros coup de coeur pour le côté simple et efficace à l’oreille de l’association entre les accords un peu rock de la guitare, les grosses basses et un beat hip hop. Et à la fois, il y a tellement de détails dans la prod, qu’on entend pas forcément, mais qui viennent élever l’ensemble. Il est très très fort. Ça m’a ramené au prime de Timbaland, fin des années 2000. Donc j’ai fait tous les autres titres avec Waytoolost, et DRAS est arrivé à la fin avec un de mes morceaux préférés, « Ghosté, » la pièce manquante du projet. De mon côté, j’ai déconstruit puis reconstruit et arrangé chaque prod. Avant d’écrire j’étais beatmaker, mais quand j’ai compris que d’autres le faisaient bien mieux que moi, j’ai lâché cet arc. Avec Solstice, j’ai renoué avec ça. Jusqu’à présent, je prenais les prod telles quelles, sans faire aucun retouche. Cette fois-ci j’ai tout retravaillé. J’avais une vision très précise en tête et j’ai voulu que chaque détail dans chaque morceau soit aligné avec ça.
Comment trouves-tu l’équilibre entre dire vrai, préserver l’intime et garder la pudeur nécessaire pour que l’émotion reste juste ?
Pour ma part ça n’a jamais été intentionnel ou réfléchi. Quand j’ai commencé à écrire, je me suis directement livré sur mes expériences, mes traumas, mes blessures. J’ai toujours comparé l’écriture de chansons à celle d’un journal intime, que l’on ne garde finalement pas pour soi. Mais il y a certains détails que je préserve. J’ai des dizaines et des dizaines de morceaux que j’adore et que je n’ai jamais sorti pour cette raison. Pour moi c’est important de se livrer et d’être sincère mais il faut aussi se sentir à l’aise avec les morceaux que l’on choisi d’être entendu par d’autres personnes.
Avec Solstice, tu assumes une esthétique entre R&B, emo rap et pop alternative. Comment te situes-tu dans la scène indé francophone actuelle ?
J’écoute du R&B depuis que j’ai 9 ou 10 ans, c’est mon genre musical préféré de très loin, donc ça m’est venu naturellement quand j’ai commencé à faire de la musique. L’emo rap, j’ai commencé à en écouter beaucoup vers 2018, notamment le projet « 17 » de XXXTentacion qui m’a bouleversé. C’est sûrement ce que j’avais le plus dans les oreilles au moment où j’ai commencé à créer de la musique. La pop alternative c’est arrivé plus tard, j’ai redécouvert des artistes comme FKA Twigs, Billie Eilish et l’album « Ghost Stories » de Coldplay, qui m’ont vraiment touché. Quand j’ai commencé à sortir des sons, plusieurs professionnels dans le milieu m’ont fait comprendre qu’il fallait que je choissise entre la pop et le rap, que je me positionne, mais je pense que ce raisonnement va à l’encontre de l’art. Pour moi c’est justement l’absence de codes et la liberté créative qui donnent à l’art tout son sens. C’est là que je me situe !
Quels sont les prochains grands rdvs à venir ?
On va tourner le clip de « Boom boom » dans quelques jours là, c’est mon premier tournage depuis février donc j’ai vraiment très hâte. Ça devrait sortir en décembre. Très récemment j’ai participé à la demi-finale du concours Outloud de Warner Music France, je crois qu’ils ont prévu de faire un documentaire dessus. J’espère, parce que c’était une expérience incroyable. Début 2026 je sors un single qui sera accompagné d’un gros, gros clip, et je croise les doigts pour que mon premier album voit le jour en 2026 aussi. Faut juste que j’aille l’écrire lol.
En quittant LUFRO, on garde en tête cette manière qu’il a de parler de ses failles sans héroïsme forcé ni posture.
Ce nouveau chapitre confirme surtout une évidence en ce que LUFRO avance avec précision, avec patience, et avec une vision de plus en plus claire.
Une chose est sûre, la suite s’annonce aussi dense, aussi intime que puissante. A vos streams, partez !

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