La comédie musicale culte de 1975 fait son grand retour à Paris avec une nouvelle distribution éblouissante. Et elle n’a rien perdu de son mordant.
Six ans après Mogador, Chicago réinvestit la scène parisienne au Casino de Paris. Ce spectacle iconique créé par Bob Fosse, Fred Ebb et John Kander se distingue par un parti pris radical c’est à dire zéro décor tape-à-l’œil, pas d’effets spéciaux, juste l’essentiel. Des corps qui dansent, un orchestre omniprésent, et une précision chirurgicale dans chaque geste.
Vanessa Cailhol : la révélation qui électrise la scène
Au centre de cette mécanique infernale, Vanessa Cailhol brille dans le rôle de Roxie Hart. Tout juste auréolée d’un Molière en 2024 pour Courgette, elle incarne à la perfection cette femme manipulatrice sous ses airs innocents. Entre chant, danse, jeu ; elle maîtrise les trois disciplines avec une aisance déconcertante.
Face à elle, Jacques Preiss campe un avocat Billy Flynn redoutablement cynique, glissant entre charme vénéneux et calculs froids. Leur duo fonctionne comme un pacte diabolique car peu importe la vérité, seul compte le spectacle.
Un orchestre qui vole la vedette
L’originalité du dispositif repose sur le fait que l’orchestre n’est pas caché dans une fosse. Installé sur une estrade en escalier au centre de la scène, il devient un personnage à part entière sous la direction de Dominique Trottein.
Entièrement vêtue de noir, la troupe exécute avec une rigueur millimétrique la chorégraphie d’Ann Reinking, héritière directe du style Fosse. Cette sobriété visuelle concentre l’attention sur l’essentiel à savoir le geste, le rythme, l’intention.
Une satire qui résonne avec notre époque
L’histoire ? Celle de Velma et Roxie, deux meurtrières des années 1920 qui transforment leurs crimes en tremplins médiatiques. Dans leur monde, le scandale n’est pas une honte mais une opportunité. La justice devient un show, les avocats des metteurs en scène, le public un jury captivé. À l’ère des réseaux sociaux, des procès médiatiques et du culte de l’image, Chicago sonne comme une prophétie réalisée. Tout se vend, tout se spectacularise, même le pire.
Deux femmes qui reprennent le contrôle
Mais Chicago n’est pas qu’une satire cynique. C’est aussi l’histoire de femmes qui refusent d’être réduites au silence. Velma a tué son mari et sa sœur après les avoir surpris ensemble. Roxie est accusée du meurtre de son amant violent. Elles ne demandent ni pardon ni compassion. Elles retournent le système, inversent les regards, transforment leur procès en spectacle dont elles deviennent les stars.
Cette dimension féministe, teintée d’un amoralisme assumé, donne au spectacle une profondeur inattendue. Le vaudeville devient manifeste politique, la chanson jazzy se mue en acte de résistance.
Verdict : un classique toujours aussi percutant
Au Casino de Paris, Chicago prouve qu’un grand spectacle n’a pas besoin de machines sophistiquées ni de décors grandioses. Juste de l’énergie, du talent, et une partition qui swingue.
Dans un paysage saturé de comédies musicales formatées, ce show fait figure d’exception. Il rappelle que le meilleur divertissement est souvent celui qui nous renvoie notre propre image, aussi grinçante soit-elle.
À voir jusqu’au 26 Avril 2026 au Casino de Paris.




