Deux ans après Yikes, Vonsharon n’a rien poli, rien lissé, rien désamorcé de la bombe artistique qu’ils ont fabriqué artisanalement car le duo breton revient fraichement dans les bacs avec dm for collab, premier extrait de leur futur album intitulé text when you get home à paraître le 14 février prochain, ressemblant sans s’y tromper à une porte entrouverte sur un malaise contemporain entre le vernis cool des réseaux, l’innocence factice des messages anodins, et derrière… tout ce qui peut s’y glisser. C’est une de nos belles découvertes du jour sur Hits Actus !

Le titre lui-même plante le décor : trois mots qui imitent les sollicitations convenues des plateformes, ceux qui feignent la collaboration artistique pour mieux dissimuler l’intention réelle. Une façade sociale dont vonsharon arrache le papier peint. Le morceau suit ce point de vue d’un adulte qui repère une faille chez quelqu’un qu’on a déjà blessé, et qui s’y engouffre. Ce narrateur fictif, glaçant, sert de révélateur à une inquiétude intime des deux musiciens, pères de famille, pour qui la vulnérabilité numérique n’a rien d’un concept abstrait.
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Musicalement, vonsharon reste fidèle à sa ligne de conduite : pas de surproduction, pas de poudre aux yeux. Maxim et Noël travaillent comme on taille une pierre : directement, à deux, en assumant chaque aspérité. Il y a chez eux cette manière d’aller chercher la tension dans des formes simples, comme Hanni El Khatib peut le faire, mais avec une brutalité contenue qui rappelle la rugosité de DITZ ou la franchise des premiers Blood Red Shoes. Un rock compact, sans gras, bouillonnant de lucidité.
Avec dm for collab, vonsharon signe un retour réussi avec un morceau qui regarde en face une époque où tout semble accessible, atteignable, infiltrable et où la musique peut encore servir d’alerte. Une façon de dire qu’ils ne joueront jamais à moitié, et que leur garage rock continue d’être un endroit où la colère devient matière, où la lucidité peut tonner plus fort qu’un ampli ouvert à fond.
L’album text when you get home se dessine comme une chronique électrique de nos vies connectées ; dm for collab en est l’ouverture brutale, celle qui vous coupe le souffle juste assez pour vous obliger à écouter ce qui vient derrière.
A vos streams, partez !
