Il faisait partie de ces voix singulières qui dérangent autant qu’elles réconcilient. Ce matin, c’est le silence qui gronde : Bun Hay Mean, humoriste au verbe tranchant et à la tendresse masquée, s’est éteint à l’âge de 43 ans après une chute de huit étages d’un immeuble à Paris. Une disparition brutale, incompréhensible, à l’image de ce monde qu’il n’a cessé de décortiquer avec ironie, colère et humanité.
Révélé au grand public par son alter ego “Chinois Marrant”, Bun Hay Mean s’était imposé dans le paysage humoristique français comme un électron libre, cassant les clichés avec un rire grinçant, et interrogeant sans relâche l’identité, l’intégration, la France et ses paradoxes. D’origine sino-cambodgienne, il faisait du stand-up un terrain de combat poétique, politique et parfois douloureux, maniant l’autodérision avec la virtuosité d’un acrobate sans filet.
Mais derrière les punchlines et les salles pleines, il y avait un homme habité, engagé, souvent en lutte contre lui-même et contre un pays qui ne voulait pas toujours écouter. Sa parole, libre et rageuse, s’était raréfiée ces derniers mois. Il semblait ailleurs, peut-être fatigué de porter à bout de bras les contradictions d’une époque qu’il connaissait trop bien.
Bun Hay Mean n’est plus. Il nous reste son rire franc, nerveux, insoumis et cette absence, déjà immense.
