Le 19 janvier dernier, les armes se sont enfin tues à Gaza. Après des mois de conflit dévastateur, le silence a remplacé le bruit des bombes, mais il résonne dans un paysage de désolation. Gaza, ce territoire meurtri, porte les stigmates d’une guerre qui a fait plus de 50 000 morts côté palestinien et 2 000 côté israélien. Plus de 60% de la bande de Gaza est en ruines, et les habitants rentrent chez eux pour découvrir des décombres là où se dressaient autrefois leurs foyers. Le déblaiement des 50 millions de tonnes de gravats pourrait prendre vingt et un ans et coûter jusqu’à 1,2 milliard de dollars. Une catastrophe humanitaire sans précédent, qui semble pourtant n’être qu’un chapitre dans un conflit bien plus vaste.
Ce cessez-le-feu, obtenu après la libération d’otages israéliens et d’une centaine de prisonniers palestiniens – majoritairement des femmes –, marque une pause dans les hostilités. Mais il ne résout en rien les tensions profondes qui déchirent la région. Car si les armes se sont tues à Gaza, la situation en Cisjordanie reste explosive. À Jénine, bastion historique des forces armées palestiniennes, l’Autorité palestinienne a elle-même dû intervenir pour rétablir un semblant d’ordre, au prix d’affrontements fratricides. Pendant ce temps, l’armée israélienne continue d’opérer dans la région, couvrant les exactions des colons israéliens qui visent à chasser les Palestiniens de leurs terres.
Depuis le 7 octobre 2023, plus de 700 Palestiniens ont perdu la vie en Cisjordanie, sans que la communauté internationale, et notamment les États-Unis, ne daigne s’en émouvoir. Pire encore, l’administration Trump a proposé de déplacer les Palestiniens en Égypte et en Cisjordanie, une idée qui rappelle les heures les plus sombres de l’histoire et qui témoigne d’un mépris flagrant pour les droits fondamentaux de ce peuple.
Les États-Unis, un acteur clé dans l’ombre
Le rôle des États-Unis dans ce conflit ne peut être ignoré. Le soutien indéfectible de Washington à Israël, motivé par des intérêts économiques et stratégiques dans la région, a alimenté les tensions et permis à Tel Aviv de poursuivre sa politique de colonisation et de répression. Le 20 janvier, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a félicité le nouveau président américain Donald Trump à l’occasion de son investiture, promettant « les plus beaux jours » des relations entre les deux pays. « Je pense que retravailler ensemble va porter l’alliance États-Unis – Israël à de plus hauts sommets encore », a-t-il déclaré dans un message vidéo.
Pourtant, cette alliance semble se construire sur le dos des Palestiniens. Alors que Gaza panse ses plaies, Israël a interdit à l’UNRWA, l’Office de Secours et de travaux des Nations Unies, de poursuivre ses activités. Cet organisme, pilier de l’aide humanitaire palestinienne, est désormais empêché de venir en aide à une population déjà exsangue. Une décision qui soulève des questions sur les véritables intentions d’Israël et sur l’avenir de Gaza.
Une paix précaire, un avenir incertain
Benyamin Netanyahou semble respecter le cessez-le-feu instauré, mais les conditions de la paix restent plus que précaires. Le Premier ministre israélien s’est rendu à Washington le 3 janvier pour préparer la deuxième phase du cessez-le-feu, mais les raisons d’un nouvel embrasement de la région sont toujours présentes. La colonisation en Cisjordanie se poursuit, les tensions avec le Liban voisin persistent, et les Palestiniens, privés de soutien international, sont plus que jamais vulnérables.
Ce cessez-le-feu, s’il est une lueur d’espoir, ne doit pas faire oublier l’urgence d’une solution juste et durable. La communauté internationale ne peut se contenter de regarder en silence. Elle doit agir pour mettre fin à l’occupation, garantir les droits des Palestiniens et œuvrer pour une paix véritable. Car sans justice, il ne peut y avoir de paix. Et sans paix, les ruines de Gaza ne seront que le prélude à de nouvelles tragédies.
En attendant, les habitants de Gaza tentent de reconstruire leurs vies sur les décombres de leurs maisons, tandis qu’en Cisjordanie, la colonisation et la répression continuent de menacer leur existence même. Le cessez-le-feu est une pause, mais il ne doit pas être une fin en soi. Il doit être le point de départ d’une réflexion profonde sur l’avenir de cette région et sur la responsabilité de chacun dans la recherche d’une solution.
Car, comme l’a si bien dit Mahmoud Darwich, « sur cette terre, il y a ce qui mérite la vie ». Et c’est à nous de nous assurer que cette vie, enfin, puisse s’épanouir dans la paix et la dignité.


