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Vidéo en ligne : les 18-24 ans consomment plus de 5h21 par jour en France

Le dernier rapport de l’Observatoire des usages numériques (2025) publiée par l’Arcom le 3 avril 2025 dresse un constat pour le moins saisissant. Le point brulant est le suivant : Les français dans la tranche d’âge de 18-24 ans sont les champions incontestés de la consommation vidéo en Europe, avec 5h21 quotidiennes passées devant des écrans, selon le rapport 2025 de Médiamétrie sur les usages Internet. Un chiffre qui dépasse largement la moyenne nationale (3h50) et celle des autres pays européens, comme le confirme une étude récente du CSA. La France devance l’Espagne (4h44/jour) et l’Allemagne (3h55/jour), d’après les données Eurostat sur les habitudes numériques européennes.CSA, « Baromètre Jeunes 2025 » 

Extrait d’une vaste enquête sur les pratiques audiovisuelles des Français, ce chiffre accablant révèle bien plus qu’une simple habitude et semblerait dessiner les contours d’une société où l’image animée, omniprésente et instantanée, façonne en profondeur les rapports au monde, au temps et aux autres.

Une fracture générationnelle dans les usages

Si les plus de 65 ans consacrent eux aussi près de cinq heures quotidiennes aux écrans, la nature de leur consommation diffère radicalement de celle des jeunes adultes. Là où les seniors restent attachés à la télévision linéaire, héritage d’une époque où le flux des programmes structurait la journée, les 18-24 ans plébiscitent les réseaux sociaux et les plateformes de streaming. Ces derniers, maîtres dans l’art du raccourci percutant et de la séquence addictive, captent leur attention par un flux incessant de contenus brefs, personnalisés et interactifs.

95% des 15-24 ans privilégient leur smartphone pour regarder des vidéos, selon le Baromètre du Numérique 2025 (ARCEP). Un chiffre en hausse de +5% depuis 2024, tiré par l’explosion des Reels (Instagram) et YouTube Shorts. Source : Instagram Blog, « 2025 Trends Report« 

Cette préférence pour le numérique nomade n’est pas anodine et traduit une évolution des attentes dans le sens ou l’accès à la vidéo n’est plus qu’un loisir, un moment privilégié comme antant, mais un langage à part entière, un moyen de se connecter aux autres, de s’informer. Le smartphone, devient un prolongement naturel de la main et de la pensée et permet d’accéder à cet univers en un clic, à toute heure et en tout lieu.

Les ombres d’un phénomène lumineux

Pourtant, derrière cette apparente liberté se cachent des enjeux moins radieux. L’exposition prolongée aux écrans, surtout lorsqu’elle se fait dans l’isolement et la passivité, interroge. Fatigue oculaire, perturbation du sommeil, difficulté à se concentrer sur des contenus longs… Les effets sur la santé mentale et physique sont régulièrement pointés du doigt par les spécialistes.

YouTube reste leader (65% du temps), suivi de TikTok (25%) et Netflix (10%), d’après Statista (mars 2025)Twitch gagne du terrain chez les hommes (+12% d’audience en 2025), selon l’Observatoire des usages numériques.

Par ailleurs, l’immersion permanente dans un flux d’images ultra-rapides pourrait contribuer à une forme d’appauvrissement de l’attention. Quand tout doit être saisi en quelques secondes, que reste-t-il de la place pour la réflexion patiente, pour la nuance ? Les algorithmes, conçus pour retenir l’utilisateur le plus longtemps possible, privilégient souvent le sensationnel au détriment du complexe, ouvrant la porte à la désinformation et aux biais cognitifs.

Vers un équilibre à réinventer

Face à ce constat, une question s’impose : comment accompagner cette révolution des usages sans tomber ni dans l’alarmisme stérile ni dans la complaisance naïve ? Les pistes existent. L’éducation aux médias, dès le plus jeune âge, pourrait aider à forger un regard critique sur ces contenus. Les plateformes, de leur côté, pourraient assumer davantage leur responsabilité en limitant les mécanismes les plus addictifs.

📊 D’après Le Messager (avril 2025) :
Les 15-17 ans atteignent même 6h/jour les week-ends.
1 jeune sur 2 regarde des vidéos en multitâche (ex: pendant les cours/travail).
Source :
Le Messager, « Les 15-24 ans champions de la vidéo » (05/04/2025)

Mais au-delà des régulations possibles, c’est peut-être à une réflexion collective sur notre rapport au temps et à l’attention qu’invite cette étude. Dans un monde où les écrans sont devenus des compagnons constants, réapprendre à décrocher, à choisir plutôt qu’à subir, pourrait être l’un des défis majeurs des années à venir.

Car au fond, ces cinq heures et demie passées chaque jour devant des vidéos ne parlent pas seulement de loisirs. Elles racontent une jeunesse en quête de sens, de lien et d’évasion. Une jeunesse dont les pratiques, si elles interrogent, reflètent avant tout l’époque dans laquelle elle grandit.

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