Il y a deux mois, EMO BOY n’existait pas encore mais Lufro avait pourtant déjà un EP terminé. Mais insatisfait du résultat, il a choisi de repartir de zéro avec une contrainte précise, deux semaines pour écrire, enregistrer et finaliser un nouveau projet pour une sortie estivale. Le lendemain du début de ce nouveau défi, la canicule s’installait à Paris. Travaillant depuis son appartement sous les toits, Lufro aura finalement transformé ces conditions peu favorables en véritable course contre la montre.
Une méthode de travail inhabituelle pour celui qui avait jusque-là l’habitude d’accumuler les morceaux, parfois une trentaine ou une quarantaine sur une année, avant de réduire progressivement la sélection. Pour EMO BOY, pas de temps à perdre, un titre devait convaincre immédiatement ou laisser sa place au suivant.
Cette rapidité n’a pas empêché Lufro d’aller chercher quelque chose de plus personnel. UNE BALLE notamment, s’est imposé au fil des sessions alors qu’il n’avait pas prévu de composer une ballade guitare-voix aussi dépouillée. Le morceau imagine la perte de la personne qui partage sa vie depuis plusieurs années.
Après quatre EP et un catalogue qui ne cesse de s’étoffer, Lufro considère aujourd’hui EMO BOY comme le projet qui lui ressemble le plus. Il y voit davantage de lâcher-prise et estime qu’après cinq années passées dans la musique, il a enfin trouvé sa direction artistique.
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Dans cette interview accordée à Hits Actus, Lufro revient sur ces deux semaines de création, sa manière de construire un morceau, le choix de travailler seul sur la composition, l’enregistrement et le mixage, mais aussi sur ce que EMO BOY dit de lui aujourd’hui et sur l’album qu’il prépare en parallèle.

Rédaction Hits Actus : Tu as écrit et enregistré EMO BOY en deux semaines, en pleine canicule. Est-ce que tu savais dès le départ que ça irait aussi vite, ou est-ce que ça s’est imposé au fil des sessions ?
En fait, j’avais un EP déjà prêt il y a deux mois, puis j’ai décidé de le refaire de A à Z parce qu’il ne me plaisait plus vraiment. En tout cas pas à 100%. Et à ce stade, il ne me restait que deux semaines avant la deadline que je m’étais fixé, car je voulais vraiment sortir un projet au milieu de l’été. Alors j’ai pris ça comme un défi : faire un EP en deux semaines. Puis la canicule s’est installée à Paris le lendemain, et comme j’habite sous les toits, et que j’enregistre ma musique chez moi, j’ai vraiment cru que je n’allais pas y arriver. Ça m’a un peu poussé dans mes retranchements, mais je pense que c’était une bonne chose !
Tu dis que chaque morceau s’est imposé naturellement, sans grille préétablie. Concrètement, à quoi ressemble une journée de travail dans ces conditions ? Tu pars d’un instrumental, d’une phrase, d’une émotion précise ?
Pour ce projet j’ai dû aller vite, donc j’ai commencé par sélectionner plusieurs instrus qui m’ont parlé et m’ont inspiré à ce moment précis. De manière générale, le point de départ de mes titres a souvent été les instrus. J’ai toujours été un grand amoureux des prod, avant d’être auteur-interprète j’étais beatmaker (dans l’ombre). Mais il m’arrive aussi d’avoir une idée de nom de chanson, ou un bout de texte, et de partir de ça. Ça été le cas pour ‘UNE BALLE’ par exemple, j’avais la phrase « tu m’as fait si mal, comme si j’avais pris une balle » dans mes notes depuis un petit moment.
Il y a forcément des titres qui n’ont pas survécu à ces deux semaines. Qu’est-ce qui fait qu’un morceau reste sur l’EP et qu’un autre finit à la corbeille ?
Honnêtement, comme le délai était très court pour cet EP, je n’avais pas l’intention de faire plus de titres que le nombre dont j’avais besoin. C’était aussi ça, la grosse différence comparé à mes précédents projets – où j’ai pu prendre mon temps, tester beaucoup de choses, faire une trentaine, quarantaine de titres sur une année, pour n’en garder que 6 ou 7 à la fin. Cette fois-ci, si je n’avais pas de coup de coeur dès le début de l’écriture d’un morceau, je passais directement au suivant. Ça a été une toute nouvelle façon de travailler et d’aborder le processus créatif pour moi. Mais j’avoue qu’il y a quand même un titre plus ou moins terminé que j’ai finalement écarté de la tracklist de EMO BOY au derrnier moment. Je le garde de côté pour plus tard, on sait jamais !
Tu gères toi-même la composition, l’interprétation et le mixage. Qu’est-ce que cette autonomie technique change concrètement dans le résultat final, par rapport à un morceau que tu aurais fait produire par quelqu’un d’autre ?
Alors, pour avoir testé les deux, ça change absolument tout ! En toute honnêteté je n’ai jamais été complètement satisfait des morceaux que j’ai fait en studio, sous la vision d’un producteur, mixés par un autre ingénieur du son. Soit je n’étais pas vraiment écouté, soit j’avais le sentiment de ne pas être compris. Peut être que le problème vient de moi, parce que j’ai essayé de bosser avec plusieurs ingés, et je suis presque toujours ressorti frustré de ces sessions en studio. Mais je pense sincèrement qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Si on a la capacité de s’enregistrer soi-même, et de mixer ses propres titres, autatnt le faire. Ça me permet d’être libre dans mes choix artistiques, et de ne pas ressentir une certaine pression lors de l’enregistrement d’un morceau. Si j’ai envie de faire 50 prises sur une seule phrase jusqu’à atteindre le résultat que j’ai en tête, je peux le faire, sans pression. C’est un luxe.
Le titre EMO BOY renvoie directement à la façon dont tu te définis, quelqu’un de foncièrement émotif. Est-ce qu’il y a un morceau de l’EP où cette émotivité est allée plus loin que ce que tu comptais montrer au départ ?
Oui, et non. Je n’avais pas prévu de faire un titre comme UNE BALLE, ballade guitare-voix, avec presque aucun artifice sur ma voix, dans lequel j’imagine ce que je pourrais ressentir si je perdais la personne qui partage ma vie depuis plusieurs années. Ça a été la surprise de ce projet pour moi, elle m’est apparue comme une évidence. Mais d’un autre côté, je travaille depuis bientôt 1 an sur un album dans lequel je raconte la complexité d’être un garçon qui se sent différent des autres garçons, et le harcèlement scolaire que j’ai vécu au collège, puis comment j’ai surmonté cette épreuve. J’y mets vraiment mes trippes. Donc je savais que ne pourrai pas aller plus loin que ça, en terme d’émotivité et de vulnérabilité.
Tu navigues entre emo R&B, emo rap et pop sans pour autant t’enfermer dans un seul registre. Comment tu décides, morceau par morceau, vers quel univers tu penches ?
Je fonctionne toujours au feeling. Selon mon humeur, et selon ce que j’ai envie d’exprimer à tel moment, je vais m’orienter vers des sonorités pop, ou rock, ou R&B ; voire tout ça à la fois. Parfois je vais juste entendre une prod qui me plaît et qui m’inspire, donc j’y vais, peu importe le style. En fait, je crois que mon registre se définit par mon style d’écriture, les mélodies que je compose, et mon interprétation, plutôt que par un genre musical. Je n’ai jamais compris l’intérêt de devoir s’enfermer dans une case… C’est dommage de se limiter à un genre musical parce qu’on nous dit qu’il faut le faire, sans trop savoir pourquoi.
Tu qualifies EMO BOY de projet le plus représentatif de ton travail à ce jour. Qu’est-ce qui, sur ce disque précisément, te fait dire ça par rapport à tes quatre EP précédents ?
Oui ! J’ai toujours été très sincère sur chacun de mes projets, je me suis toujours livré. Mais celui-ci montre vraiment ma personnalité. En fait, j’ai fait beaucoup de storytelling sur mes précédents EPs mais, globalement, je suis pas mal resté en surface. Il n’y avait pas eu de vrai « lâcher-prise » jusqu’à EMO BOY. Peut-être sur mon tout premier EP, INDÉLÉBILE, mais ce projet était assez particulier parce que je l’avais créé dans une période compliquée, tant dans ma vie perso que dans la musique, donc j’avais tout déconstruit pour tout reconstruire. Je pense aussi tout simplement qu’après cinq ans dans la musique et à l’âge que j’ai aujourd’hui, j’ai enfin compris qui je suis et trouvé ma direction artistique, et ça se reflète dans mes nouveaux titres. C’est très libérateur.
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