A seulement 22 ans, l’ascension du mont Everest par le youtubeur Inoxtag a récemment fait grand bruit sur les réseaux sociaux et les médias spécialisés. Concrétisé dans un documentaire publié sur sa chaîne YouTube, il avait pour but de partager une aventure hors du commun avec ses millions de fans. Toutefois, cette initiative a été largement critiquée par des figures du monde du spot et notamment l’alpinisme, c’est le cas de Pascal Tournaire, photographe et alpiniste chevronné, qui n’a pas mâché ses mots en qualifiant le documentaire de « catastrophe », « sans intérêt » et même « dangereux pour le surtourisme », déclarations rapportées par le quotidien L’équipe.
Un exploit avéré mais contesté
À première vue, gravir le plus haut sommet du monde semble être un exploit héroïque, particulièrement pour une figure issue du monde du divertissement numérique. Inoxtag, connu pour ses vidéos légères et humoristiques, a voulu sortir de sa zone de confort en se lançant dans un défi extrême. Cependant, pour Pascal Tournaire, 67 ans, qui a lui-même atteint le sommet de l’Everest en 1990, cette performance est loin d’être aussi impressionnante qu’elle en a l’air. « Un gamin et une gamine de 14 ans, ainsi qu’un papy japonais de 83 ans, ont aussi réussi à monter là-haut. Je ne vois pas où est l’exploit », déclare-t-il, remettant en question la véritable portée de cette ascension.
Tournaire critique surtout l’utilisation massive de l’oxygène par Inoxtag, un aspect qui, selon lui, atténue considérablement la difficulté de l’ascension. « Lors de mon ascension, j’avais passé cinq nuits à 8 000 m sans oxygène (…) Comme l’a dit Benjamin Védrines, l’alpiniste français, c’est comme faire le Tour de France avec un vélo électrique », ironise-t-il. Cette comparaison fait écho à une critique récurrente dans le milieu de l’alpinisme, où l’utilisation de l’oxygène est perçue comme un moyen de faciliter l’exploit, mais qui diminue en même temps sa valeur.
Un documentaire égocentré ?
Le reproche de l’égocentrisme est également au cœur des critiques formulées par Tournaire à l’encontre du documentaire. « Les trois quarts du film, c’est : ‘Regardez mon nombril’, ça ne va pas plus loin », fustige-t-il, soulignant que le contenu manque sévèrement de profondeur et de perspectives intéressantes sur l’expérience de l’alpinisme ou les défis environnementaux que pose l’ascension de l’Everest. En effet, le documentaire semble se concentrer davantage sur l’expérience personnelle d’Inoxtag, au détriment de l’exploration des enjeux humains, historiques ou écologiques.
Cette tendance à personnaliser l’aventure, bien qu’efficace pour captiver un jeune public sur YouTube, est mal perçue dans le monde de l’alpinisme, où la montagne est souvent considérée comme un lieu sacré, demandant humilité et respect. Pour Tournaire, Inoxtag ne fait que renforcer une « culture de l’ego » qui s’éloigne de l’essence de l’alpinisme traditionnel.
Le risque du surtourisme
L’un des points les plus préoccupants soulevés par Pascal Tournaire est l’impact potentiel du documentaire sur le surtourisme. Depuis plusieurs années, le mont Everest subit une forte pression en raison de la popularité croissante des expéditions commerciales, conduisant à des problèmes de surfréquentation et de pollution. En 2023, plus de 900 personnes ont tenté d’atteindre le sommet, entraînant des files d’attente massives et des conditions dangereuses.
Tournaire pointe l’hypocrisie d’Inoxtag, qui, tout en dénonçant cette surfréquentation dans son film, y contribue lui-même par son ascension médiatisée.
« Inoxtag dénonce bien cette surfréquentation, mais il y participe aussi. C’est schizophrène. Son film ne va faire que développer cet engouement stupide », déclare l’alpiniste.
En effet, la mise en avant de l’Everest à travers une plateforme aussi influente que YouTube pourrait encourager d’autres personnes, souvent peu préparées, à se lancer dans cette aventure extrême, accentuant les problèmes liés au surtourisme et à la sécurité.
Entre performance médiatique et responsabilités environnementales
Si l’ascension de l’Everest par Inoxtag a suscité l’admiration de nombreux jeunes spectateurs, elle a également mis en lumière le fossé entre le monde des médias et celui du sport traditionnel. D’un côté, cette expédition incarne une nouvelle manière de vivre et de partager les exploits sportifs individuels à travers des formats numériques et accessibles. De l’autre, elle soulève des questions fondamentales sur l’authenticité de l’expérience ainsi que les conséquences environnementales et sociales que ce type d’aventure peut engendrer.
Finalement, l’ascension de l’Everest par Inoxtag et le documentaire qui en découle symbolisent le croisement entre deux mondes, celui des influenceurs et celui des sportifs. Si l’un cherche à capter l’attention et à divertir, l’autre tente de préserver l’intégrité de ce qu’il considère comme un sanctuaire naturel. Mais au-delà des polémiques, une chose est certaine : l’Everest reste, et restera, un lieu de fascination, tant pour les aventuriers que pour les amateurs de sensations fortes, en quête d’un sommet à gravir, qu’il soit physique ou médiatique.





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