Accueil / Non classé / « Mr Morale & The Big Steppers », l’album tant attendu de KENDRICK LAMAR est enfin disponible

« Mr Morale & The Big Steppers », l’album tant attendu de KENDRICK LAMAR est enfin disponible

Cinq années, cinq longues années se sont écoulées depuis la sortie du magistral DAMN. Pendant cette longue absence pour le natif de compton, aucun autre MC n’a véritablement réussi à s’emparer du trône : seulement des étoiles filantes, des artistes prometteurs n’ayant pas saisi leur chance à l’image de Cordae ou autres popstars déguisées en rappeurs.

801x410 kendrick lamar mr morale the big steppers

L’année dernière, un mystérieux communiqué signé oklama (prononcez « oké-lama ») nous livrait quelques indices sur son état d’esprit et les raisons de son retrait : « L’amour, la perte, le chagrin ont chamboulé ma zone de confort, mais la lueur du Tout-Puissant s’exprime à travers ma musique et ma famille ». Ces mots s’avèrent essentiels pour comprendre ce nouveau projet, qui marque également sa dernière collaboration avec son label historique, Top Dawg Entertainment, avant d’entamer un nouveau chapitre avec sa propre structure, pgLang.

Une ambition à la hauteur des attentes

Dans une position comparable à celle qu’occupait Kanye West lors de la sortie de The Life of Pablo, Kendrick Lamar s’approprie certains concepts de son illustre homologue. Par son ambition, sa composition, sa structure et son ampleur, Mr. Morale & The Big Steppers rappele le septième album de Yeezy. Pourtant, les objectifs artistiques des deux hommes diffèrent fondamentalement : là où Kanye West cherchait à « fuck shit up » (selon ses propres termes lors d’une interview avec Zane Lowe en 2013) et à créer une bande-son du chaos et de la frustration, Kendrick aspire à l’harmonie et à la paix intérieure. Les chemins empruntés peuvent sembler similaires, mais la quête est profondément différente.

Une structure bipartite au service d’une introspection sans concession

Divisé en deux disques de neuf titres chacun, Mr. Morale & The Big Steppers abandonne l’ambition de sauver la culture afro-américaine qui caractérisait To Pimp a Butterfly. Plus centré sur son auteur, l’album retrace cinq années de sa vie à travers ses nouvelles relations et ses traumatismes anciens. Avec l’éloquence qu’on lui connaît, le natif de Compton nous invite dans son intimité la plus troublante, de l’hypervirilité que son père a tenté de lui inculquer dès son plus jeune âge à son addiction au sexe récemment assumée.

A lire aussi : Kendrick Lamar VS Drake : un nouveau diss track qui relance le clash des titans !

La première partie, « Big Steppers », dresse un état des lieux de son statut de père de famille et d’époux, tandis que la seconde, « Mr. Morale », voit Kendrick explorer ses blessures les plus profondes pour soigner son chagrin et panser ses traumatismes d’enfance. Bien que les perspectives diffèrent, les thématiques restent intimement liées à sa vie familiale et à son devoir d’exemplarité, inhérent tant à son rôle paternel qu’à son statut d’icône culturelle.

Un récit guidé par des voix essentielles

Dans sa narration, Kendrick s’appuie sur la présence de sa femme Whitney et de l’écrivain allemand Eckhart Tolle, deux voix qui illustrent la complexité du chemin parcouru et l’importance d’un entourage bienveillant. On entend Whitney l’encourager vivement à consulter un psychologue au début de Father Time, magnifique morceau en collaboration avec SAMPHA, où une sublime boucle de piano accompagne les confessions d’un homme se remémorant les préjudices psychologiques infligés par son père. Eckhart Tolle apparaît quant à lui dans la partie plus introspective « Mr. Morale », notamment sur l’interlude de Savior interprété par son cousin Baby Keem, particulièrement inspiré lorsqu’il évoque ses troubles familiaux.

Des choix controversés assumés

Une présence inattendue s’ajoute à la narration : celle de Kodak Black. Condamné pour agression sexuelle sur mineure et critiqué pour ses propos déplacés envers Lauren London (veuve de Nipsey Hussle), son inclusion a divisé les fans qui espéraient un album plus consensuel. Kendrick Lamar, qui avait déjà soutenu XXXTentacion face à Spotify, réaffirme ainsi son opposition à la cancel culture : « Like it when they pro-black, but I’m more Kodak Black », déclare-t-il sur Savior. Il refuse donc d’incarner le sauveur parfait qu’une certaine audience attendait, tout en prenant des positions remarquablement pertinentes sur la communauté LGBTQ+ (« Aunty Diaries ») ou sur les agressions sexuelles systématiquement occultées dans les foyers afro-américains, dont sa propre mère a été victime (« Mother I Sober »).

Même lorsqu’il s’inspire d’Eminem sur l’impressionnant We Cry Together accompagné de l’actrice Taylour Paige, le résultat frôle la perfection. Cette dispute fictive, entre violence verbale et émotions brutes, constitue l’un des moments forts de l’album, voire de toute la discographie de Kendrick Lamar.

Une maîtrise formelle presque sans faille

Un album aussi attendu que Mr. Morale & The Big Steppers se devait d’être irréprochable dans sa forme. Si l’on peut relever quelques manques d’audace (« Purple Hearts » ou « Die Hard ») ou un certain étirement (« Crown » qui aurait mérité d’être raccourci), la promesse est largement tenue. Bien que Kendrick n’ait jamais été l’innovateur qu’a pu être Kanye West, son talent a toujours consisté à porter ses concepts et ses emprunts vers une excellence que lui seul pouvait atteindre.

Les deux artistes partagent néanmoins une qualité rare : la maîtrise du temps. À l’instar de Kanye avec TLOP, Kendrick met le temps au service de son œuvre qui, justement, transcende les tendances éphémères du rap game. En optant pour des productions apparemment classiques et traditionnelles, empruntant à d’autres genres – du jazz au gospel – Kendrick confère une dimension universelle et intemporelle à son message. Les passages plus trap apportent une touche contemporaine qui ancre ce discours profondément humain dans les turbulences du monde actuel.

Au-delà des attentes, une œuvre personnelle et universelle

En reléguant la modernité mélodique au second plan, Kendrick Lamar ne cherche plus à produire des « bangers » en série dont la séduction immédiate pourrait compromettre l’intégrité de son projet. Fort de son statut de superstar, l’artiste peut enfin sublimer son propre chemin de croix comme il l’entend. Par sa composition singulière, Mr. Morale & The Big Steppers confirme son besoin d’indépendance, loin des contraintes liées aux attentes du public ou d’un label. Le refrain de Crown livre d’ailleurs une confession éloquente – « No, I can’t please everybody » – tandis que l’outro Mirror proclame simplement : « I choose me, I’m sorry ».

Après avoir publié The Heart pt. 5 juste avant la sortie de l’album, oklama avait partagé ce message sur Instagram : « I am. All of us ». Comme s’il fallait d’abord être soi-même avant de servir la communauté qui nous définit en retour ; s’élever individuellement avant de pouvoir transformer le monde collectivement. Presque mystique, le message de cet album soulève une question fondamentale : comment une œuvre aussi personnelle peut-elle être simultanément aussi altruiste ?

Découvrez maintenant l’album !

Étiquetté :

Un commentaire

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *