Depuis le 9 avril, la Martinique rayonne sur les écrans de plus de 190 pays grâce à Bandi, la première série originale Netflix entièrement tournée sur l’île. Créée par Éric Rochant et sa fille Capucine, la série suit une fratrie de onze enfants qui bascule dans le monde criminel après la mort de leur mère. 100 % caribéenne, la bande-son est l’une des décisions artistiques les plus fortes du projet car sur les 8 épisodes, chacun réunit des figures emblématiques de la scène martiniquaise et la tracklist complète, épisode par épisode, révèle une ambition bien plus large que les noms déjà cités dans la presse.
Sur les 40 morceaux répartis dans la saison 1, la quasi-totalité provient d’artistes martiniquais ou caribéens. Jkevlar apparaît à quatre reprises, Mercenaire et X-Man à trois chacun, Shannon à deux, et le morceau collectif Bienvenue aux antilles de Jozii réunit à lui seul une bonne partie de la scène trap créole sur un seul track. Voici l’ensemble des rappeurs et artistes martiniquais présents dans Bandi, avec en bonus les titres qui figurent dans la série.
Kalash – So Coman (épisode 4)
Il est impossible d’évoquer le rap martiniquais sans commencer par Kalash. Né le 12 juin 1988 à Strasbourg de parents martiniquais, Kevin Valleray grandit à Sainte-Luce en Martinique dans une atmosphère religieuse, avant de débuter dans l’underground dès 2003 sur des compilations de dancehall. Le tournant arrive en 2015 avec le single Bando, relayé par Booba, qui l’expose à la métropole. Kaos puis Mwaka Moon avec Damso, single de diamant dont plus de 260 millions de vues sur YouTube, finissent d’en faire la figure de proue du rap caribéen en France. Dans Bandi, c’est So Coman qui retentit à la 23e minute de l’épisode 4, dans l’une des séquences les plus tendues de la saison. Kalash construit depuis vingt ans un univers où le créole et le français cohabitent naturellement, où trap, reggae et dancehall se nourrissent mutuellement. Sa présence dans Bandi est la reconnaissance d’un artiste qui a fait de la Martinique un son à part entière dans le paysage rap francophone.
Meryl – BB Compte (épisode 1)
Née Cindy Elismar le 24 septembre 1995 au Lamentin en Martinique, Meryl commence en 2013 sous l’aile de son cousin Specta, avant de passer plusieurs années dans l’ombre en tant que toplineuse et ghostwriter pour des labels nationaux. C’est cette école exigeante qui forge son sens de la mélodie et de l’écriture., lui permettant de décrocher le single d’or avec Shatta Confessions en duo avec N’Ken sous son label Maison Caviar, et de jouer à guichets fermés notamment au Zénith de Paris en 2024. Dans Bandi, malgré que ce soit morceau au propos politique, dénonçant les abus financiers de l’État, c’est BB Compte qui est placé à la 31e minute de l’épisode 1, dans une scène de tension domestique. Le choix du titre dit quelque chose du regard que la série pose sur les structures de pouvoir qui écrasent la famille Lafleur.
X-Man — Belle Époque, Love, Madame (épisodes 3, 4, 5)
De son vrai nom Edmond-Mariette Xavier, né le 9 novembre 1984 à Fort-de-France, X-Man a grandi dans les quartiers de Trénelle et Terres-Sainville et a décidé très tôt de mettre en musique ce qu’il voyait et ce qu’il vivait. Avec Le pti jeu ou Welcome to Madinina, il s’impose dans le paysage reggae-dancehall caribéen comme une voix documentant une Martinique que peu de caméras avaient filmée. Il est d’ailleurs l’artiste le plus récurrent de la bande-son avec Belle Époque en épisode 3, Love en épisode 4, Madame en épisode 5. Soit trois titres qui couvrent le cœur de la série. Sa chaîne YouTube cumule plus de 82 millions de vues, témoignant d’un ancrage populaire qui dépasse largement les frontières de l’île. Bandi n’aurait pas pu raconter Fort-de-France sans X-Man.
Shannon — Yo pa Méchan, Si Balan (épisodes 1 et 3)
Originaire de Martinique, Shannon s’impose comme une figure montante de la scène musicale antillaise grâce à son style mêlant créole et français, et à son rôle de pionnière du shatta au féminin. Avant la musique, elle commence par la danse, participant à des clips d’artistes confirmés, ce qui lui forge une conscience aiguë de l’image et de la scène. Son titre Mal à dit est utilisé lors du défilé de la maison Mugler en 2021, plaçant soudain le shatta martiniquais sous les projecteurs de la mode internationale avant qu’elle ne signe avec Sony Music Publishing France. Dans Bandi, Yo pa Méchan ouvre l’épisode 1 à la 10e minute et Si Balan revient en épisode 3. Deux placements stratégiques qui donnent aux personnages féminins de la série une présence sonore à la hauteur de leur importance narrative.
Maureen — TIC (épisode 1)
Maureen, 26 ans, est l’ambassadrice du shatta martiniquais. Connue pour ses titres TIC, Laptop en featuring avec Kalash, ou encore Flex, elle a dévoilé récenment son tout premier album intitulé Queen. Elle est la première artiste shatta à décrocher une double certification SNEP dont Laptop avec Kalash, single d’or puis single de platine. Dans Bandi, c’est TIC qui est placé à la 6e minute de l’épisode 1, en deuxième position dans la tracklist de toute la série. Une place de choix réservée aux artistes qui donnent le ton. Elle définit le shatta comme un dérivé du dancehall, mais créé en Martinique et cette revendication d’origine résonne particulièrement dans une série qui a fait de l’authenticité martiniquaise son ADN.
Jkevlar — Tole Galva, Bien sûr, Love Baw, Luffy (épisodes 1, 2, 7)
Jkevlar est le rappeur le plus présent de toute la bande-son de Bandi, avec quatre titres répartis sur trois épisodes dont Tole Galva dès la première minute de l’épisode 1, Bien sûr à la 36e minute du même épisode, Love Baw en épisode 2, et Luffy en épisode 7. JKevlar vient du quartier d’Ozanam, à Schœlcher, en Martinique. Son rap se définit par une dualité entre la rugosité urbaine et la chaleur insulaire qui lui donne une couleur unique. Sa récurrence dans Bandi n’est pas accidentelle car son univers lyrical, la rue, les quartiers, la fidélité au territoire, colle exactement à l’atmosphère morale de la série. Bandi lui offre une vitrine internationale qu’il n’avait pas encore eue.
Mercenaire — TAUDIS, Mozart, AK47 (épisodes 2, 3, 4)
Mercenaire apparaît à trois reprises dans trois épisodes consécutifs à savoir TAUDIS en épisode 2, Mozart en épisode 3, AK47 en épisode 4, qui correspondent exactement aux moments où la série installe sa montée en tension criminelle. Artiste originaire de la Martinique, actif sur la scène trap créole, Mercenaire a commencé sa carrière au sein du collectif Thug Music Gang avec Shin et Bruce Little, l’un des premiers crews à avoir imposé le rap en créole comme terrain d’expression prioritaire. Evil P s’est fait rapidement connaître ainsi que Mercenaire et le reste du collectif TMG comme représentants d’une génération qui a choisi le créole sans compromis avec le marché hexagonal. La cadence de ses apparitions dans Bandi confirme que les superviseurs musicaux ont fait des choix narratifs précis, pas des choix de visibilité.
Marginal — Saydia, G.T.D (épisodes 3 et 4)
Marginal, de son vrai nom Antonio Mario Duranty, est né en 1993 en Martinique. Il commence par le dancehall avant de se tourner vers le rap, fortement influencé par la musique de Guadeloupe et les artistes de Genesiz. Il sort son premier projet Free Nemesis en 2019, qui lui vaut le titre de révélation de l’année 2020 aux NRJ Antilles Awards. En 2024, il confirme son parcours avec l’album Free Nemesis III, troisième volet d’une saga discographique cohérente construite depuis cinq ans. Dans Bandi, Saydia apparaît en épisode 3 et G.T.D en épisode 4, deux titres qui tombent dans les séquences où la série installe ses rapports de force entre personnages. Sa musique aux pleinement sonorités caribéennes mêlés avec une franchise totale correspond parfaitement à l’esthétique sonore que la série construit épisode après épisode.
Evil P — DIX, KMF Pt.2, Selling Dope 2 (épisodes 2, 4, 6)
Inspiré par le dancehall jamaïcain de Vybz Kartel et la trap d’Atlanta de Gucci Mane, Evil P commence à rapper à l’âge de 18 ans mais sa carrière est prise de court en 2012 suite à son incarcération. Derrière les barreaux, il peaufine son art et, dès sa sortie, collabore avec des artistes martiniquais comme Shaka Zulu et Tiitof. C’est avec le titre DIX, révélé lors du planète rap de Meryl, que son nom franchit les frontières de l’île avant que Booba ne l’intègre à son album AD VITAM AETERNAM. Dans Bandi, Evil P place trois titres sur trois épisodes différents dont DIX en épisode 2, KMF Pt.2 en épisode 4, Selling Dope 2 en épisode 6. Trois jalons dans une série dont il incarne, peut-être mieux que quiconque, la tension entre la survie et le basculement.
Jozii et le collectif Bienvenue aux antilles (épisode 1)
Jozii est un chanteur français né en Martinique en 1998. Il commence à se faire connaître aux Antilles entre 2019 et 2020 notamment avec son album Quadrillé. Mais c’est le posse cut Bienvenue aux antilles qui le place sur la carte de toute la scène caribéenne : un morceau de plus de sept minutes qui réunit Marginal, Mercenaire, Kima, Lé Will, Deuspi, Mata, Tiyou, Lyrrix et Flash sur une même instru, où le rappeur guadeloupéen Jozii invita de nombreux rappeurs antillais afin de kicker sur le morceau qui est devenu une référence du rap créole contemporain. Ce track est placé à la 54e minute de l’épisode 1 de Bandi soit le dernier morceau du premier épisode, celui qui reste en tête quand le générique de fin arrive. Un choix de placement qui dit tout de l’importance que les créateurs de la série accordent à cette scène.
N’Ken — Walpa 2 (épisode 7)
N’Ken est l’une des pionnières du shatta martiniquais, citée par Maureen elle-même comme l’une des premières femmes à avoir chanté le genre. Sa présence dans Bandi via Walpa 2 en épisode 7 est celle d’une artiste qui a contribué à construire le socle sur lequel repose toute la génération Shannon-Maureen-Meryl. Son placement dans la série, discret mais réel, est un hommage implicite à celles qui ont ouvert la voie avant que les majors ne s’y intéressent.
La série Bandi représente un signal fort pour la filière audiovisuelle caribéenne : plus de visibilité, plus d’expérience de tournage, et la possibilité d’ouvrir la voie à d’autres récits caribéens portés par les territoires eux-mêmes. Sa bande-son est à l’image de cette ambition : elle n’a pas choisi les noms les plus bankables, elle a choisi les noms les plus vrais. Kalash et Meryl pour la reconnaissance internationale. Jkevlar, Mercenaire, Evil P et Marginal pour la profondeur d’une scène qui existe depuis des années sans avoir jamais eu une telle vitrine. Shannon, Maureen et N’Ken pour une génération féminine qui redéfinit les codes du shatta bien au-delà des frontières de l’île. Et Jozii pour rappeler que la scène martiniquaise a depuis longtemps l’habitude de se réunir sur un seul son.
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