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Behrang Ghodrati nous ouvre les portes de son univers musical à travers « Celestial »

Behrang Ghodrati – Celestial, album instrumental centré sur la guitare électrique.

L’album Celestial réunit dix compositions instrumentales principalement autour de la guitare électrique. Le compositeur iranien Behrang Ghodrati y croise plusieurs traditions musicales, du blues au flamenco, en passant par le New Age et le smooth jazz. Un projet qui met la mélodie au premier plan et s’inscrit dans le parcours d’un musicien dont le travail s’étend bien au-delà du seul format de l’album.

Dix compositions portées par la guitare électrique

Sur Celestial, toutes les compositions s’appuient sur des lignes mélodiques expressives, des sonorités chaleureuses et des arrangements qui privilégient les ambiances instrumentales. Plusieurs guitaristes participent à l’album, apportant leurs interprétations à un ensemble pensé autour de cet instrument.

Les influences annoncées dessinent un terrain musical assez large. Le blues apporte une référence à un jeu expressif, tandis que le flamenco et ses traditions guitaristiques ouvrent d’autres perspectives mélodiques. Le smooth jazz et le New Age complètent cet ensemble, avec une attention particulière portée aux textures et aux atmosphères.

L’intérêt de Celestial réside dans cette rencontre entre des sensibilités différentes. Plutôt que de s’appuyer sur une formation instrumentale classique ou sur la présence d’une voix, Behrang Ghodrati construit l’identité de cet album à travers le jeu des guitaristes, les arrangements et la progression des compositions. La guitare occupe ainsi une place centrale, à la fois mélodique et expressive.

Un compositeur qui travaille aussi pour l’image

Pour comprendre la démarche de Behrang Ghodrati, il faut regarder au-delà de Celestial. Né à Téhéran, le musicien a développé une carrière de compositeur, arrangeur et producteur dans des domaines aussi différents que le cinéma, la télévision, le théâtre, l’animation et le jeu vidéo. Il a notamment commencé à composer pour des jeux vidéo iraniens dès 1996, avant de multiplier les projets pour l’image et la scène.

Cette expérience éclaire l’approche de son album instrumental. Composer pour une œuvre audiovisuelle implique de travailler sur la progression, le rythme et la capacité d’une musique à accompagner une situation sans nécessairement passer par les mots. Sur Celestial, ces préoccupations trouvent un autre terrain d’expression. Les compositions existent pour elles-mêmes, mais conservent une dimension narrative qui laisse à l’auditeur la liberté d’imaginer ses propres scènes.

Behrang Ghodrati a étudié la théorie et l’harmonie auprès du compositeur iranien Alireza Mashayekhi, avant de poursuivre son apprentissage du piano à l’Université des sciences appliquées et de la technologie. Ce bagage musical s’ajoute à une pratique professionnelle construite sur plusieurs décennies.

Angel et Way to Heaven, deux morceaux pour comprendre l’album

Parmi les dix pistes de Celestial, Angel et Way to Heaven permettent de mieux cerner les intentions du compositeur. Dans un entretien publié par Dulaxi, Behrang Ghodrati revient sur le travail mélodique autour de Angel où il rapproche une mélodie inspirée du flamenco d’harmonies jazz et d’une production contemporaine. L’album comprend également une seconde version du morceau, cette fois au piano, avec le musicien Kamyar. Dulaxi

Cette double interprétation montre comment une même idée musicale peut évoluer selon l’instrument et la sensibilité de celui qui l’interprète. La composition repose aussi sur les choix d’arrangement et sur la manière dont les musiciens font ressortir différentes facettes d’un même thème.

Way to Heaven suit une autre progression. Behrang Ghodrati y décrit une construction qui part d’une introduction épurée, portée par la guitare électrique, avant de gagner en intensité avec l’arrivée du rythme et l’évolution du son. L’apparition finale d’un chœur féminin marque un changement de dimension dans le morceau. Le compositeur associe cette progression à une aventure intérieure, qu’il envisage notamment comme une métaphore de l’amour de la musique elle-même.

Ces deux titres illustrent une caractéristique importante de l’album car les arrangements ne sont pas uniquement là pour installer une ambiance mais participent à la narration, en faisant évoluer les morceaux plutôt qu’en maintenant une couleur musicale uniforme du début à la fin.

Cover de l'album "Celestial" par Behrang Ghodrati
Cover de l’album Celestial par Behrang Ghodrati

Une musique qui laisse sa place à l’interprétation

Behrang Ghodrati décrit Celestial comme un album traversé par plusieurs niveaux de lecture, des choix techniques aux dimensions émotionnelles et philosophiques. Il emploie le terme persan « Suluk », qu’il associe à l’idée d’un cheminement spirituel intérieur, pour résumer l’expérience qu’il souhaite proposer à l’auditeur. Dulaxi

Cette intention donne un éclairage supplémentaire au titre de l’album et à ses références au ciel. Pour autant, les compositions ne reposent pas sur un récit imposé car chacun peut y projeter ses propres images, souvenirs ou émotions, sans avoir besoin de connaître les intentions du compositeur pour apprécier le travail instrumental.

Avec ses dix pistes et ses collaborations guitaristiques, Celestial présente ainsi une facette du travail de Behrang Ghodrati où l’écriture mélodique, les arrangements et la recherche sonore se rejoignent. Le compositeur puise dans plusieurs genres sans réduire son album à une simple juxtaposition d’influences. Il cherche plutôt à leur donner une cohérence à travers ses compositions.

L’album s’adresse autant aux amateurs de guitare instrumentale qu’aux auditeurs sensibles aux musiques atmosphériques et aux arrangements qui prennent le temps de développer leurs idées. Distribué à l’international par OneRPM, Celestial est disponible sur les principales plateformes de streaming.

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Pour prolonger cette découverte de Celestial, nous avons souhaité donner directement la parole à Behrang Ghodrati. À travers cet entretien écrit pour Hits Actus, le compositeur revient sur ses choix artistiques, son rapport à la guitare, les influences qui nourrissent son travail et la dimension plus personnelle de ses compositions. L’occasion d’explorer les coulisses de l’album et de mieux comprendre la démarche d’un musicien dont le parcours traverse de nombreux univers.

Rédaction Hits Actus : Celestial mêle des influences issues du flamenco, du blues, du New Age et du smooth jazz, tout en plaçant la guitare électrique au cœur de l’album. Lorsque vous composez, partez-vous d’un style musical particulier, d’une mélodie ou d’un sentiment que vous souhaitez exprimer ? Comment parvenez-vous à concilier ces différentes influences sans perdre l’identité de vos propres compositions ?

Behrang Ghodrati : Si une identité artistique existe véritablement, elle naît de l’entrelacement de fragments de styles divers. Mélanger une touche de flamenco à des éléments de blues, de jazz et d’autres genre, dans des proportions façonnées par ma propre expérience vécue, donne naturellement naissance à une signature sonore propre à l’artiste. Connaître les règles et maîtriser différents genres constitue une base essentielle, mais créer quelque chose de véritablement personnel nécessite de transcender ces frontières restrictives.

Votre carrière couvre les jeux vidéo, le cinéma, la télévision, le théâtre, l’animation et la musique populaire. En quoi le fait de composer pour des images et des récits a-t-il changé votre approche de la musique instrumentale ? Lorsque vous travaillez sur un album comme *Celestial*, imaginez-vous toujours des scènes ou des histoires derrière la musique, même en l’absence d’élément visuel pour guider l’auditeur ?

Je crois que pour écouter véritablement la musique, il faut bien plus que le simple sens de l’ouïe. L’ouïe n’est qu’une porte d’entrée ; une fois que la musique pénètre en nous, son impact dépend de son authenticité et des expériences de vie propres à l’auditeur. Elle peut vous émouvoir jusqu’aux larmes, faire surgir une image cinématographique saisissante à partir d’un simple souvenir oublié, ou déclencher une étincelle d’inspiration soudaine tout cela dépend entièrement de votre état émotionnel à ce moment-là.

La beauté de cette expérience réside dans ce qu’a dit un jour le célèbre poète persan Rumi : « Chacun est devenu mon compagnon à sa manière ». Chaque auditeur visualise et tire de ce même morceau de musique sa propre histoire, profondément personnelle.

Plusieurs guitaristes ont participé à *Celestial*, et votre morceau « Angel » existe également en version piano. Que recherchez-vous lorsque vous collaborez avec d’autres musiciens, et quelle liberté leur accordez-vous pour réinterpréter vos compositions ? Le fait d’entendre votre musique jouée par un autre musicien modifie-t-il parfois la façon dont vous comprenez votre propre travail ?

Chaque musicien apporte sa propre couleur sonore, façonnée par son parcours personnel et sa vie artistique. Il est essentiel pour moi de préserver cette diversité dynamique dans tous mes projets. Bien que je fournisse des partitions écrites, j’accorde à mes collègues musiciens une grande liberté créative afin que leur instinct unique puisse s’épanouir. L’expérience m’a montré que cette approche ouverte enrichit à la fois l’enregistrement final et les interprètes eux-mêmes.

Avec Angel, j’ai eu le sentiment d’avoir trouvé un cœur mélodique adaptable à pratiquement n’importe quel genre. Cette polyvalence m’a conduit à inclure à la fois une version à la guitare flamenco et un arrangement de piano smooth jazz sur Celestial. En dehors de cet album, j’ai également composé des versions orchestrales épiques et rock de ce morceau, chacune révélant une facette distincte de la composition.

Behrang Ghodrati posant pour son nouvel album intitulé "Celestial"
Behrang Ghodrati

Vous avez expliqué que « Way to Heaven » part d’une introduction relativement épurée pour évoluer vers un arrangement plus riche, le rythme et un chœur féminin venant progressivement élargir la palette sonore. Comment déterminez-vous quand une composition doit évoluer de cette manière ? Qu’est-ce qui fait qu’un arrangement vous semble abouti, plutôt que de simplement ajouter davantage d’instruments ou de couches sonores ?

En musique instrumentale, outre une émotion et une créativité authentiques, une structure bien construite et à plusieurs niveaux renforce considérablement la charge émotionnelle de la composition. Way to Heaven retrace un parcours spirituel archétypal : un état initial de quiétude cédant la place à des épreuves et des turbulences qui forgent l’esprit, menant vers une transformation mystique intérieure (*Suluk*). Sortir de ce creuset exige une résolution édifiante, que j’ai choisi d’exprimer à travers la texture éthérée d’un chœur de femmes. Comme ce schéma reflète l’évolution humaine universelle, façonner l’arrangement autour de lui m’a semblé tout à fait naturel.

Vous avez associé *Celestial* au concept persan de « Suluk », que vous décrivez comme un voyage spirituel intérieur. Comment cette idée se traduit-elle concrètement dans votre processus de composition ? Influence-t-elle les mélodies, la structure des morceaux ou les émotions que vous souhaitez explorer ? Et dans quelle mesure est-il important que les auditeurs comprennent cette intention lorsqu’ils écoutent l’album ?

Lorsque je parle de *Suluk* dans *Celestial*, il ne s’agit pas d’une théorie abstraite, mais bien du pouls vivant de mon processus de composition. Dans la culture persane, le *Suluk* représente un voyage intérieur : s’embarquer vers l’inconnu, traverser l’agitation et les tourments, pour aboutir à une sérénité et une libération profondes.

Plutôt que de s’appuyer sur des schémas rigides et répétitifs, les compositions évoluent à l’image de la vie elle-même. Un morceau s’ouvre souvent sur un thème solitaire et contemplatif, accumulant progressivement des couches harmoniques, créant une tension, s’élançant vers des territoires plus tumultueux, pour finalement se résorber dans une profonde tranquillité.

De subtiles nuances modales persanes imprègnent naturellement l’orchestration moderne, véhiculant un sentiment inné de nostalgie et d’aspiration spirituelle.

Les auditeurs n’ont pas besoin de connaître au préalable le mot « Suluk » ni la philosophie orientale. La musique transcende les définitions verbales. Si quelqu’un met ses écouteurs, s’éloigne du bruit extérieur et se sent transporté vers son for intérieur pour arriver à la fin d’un morceau transformé, ancré ou renouvelé, alors le voyage a atteint son but.

Vous avez commencé à composer de la musique pour des jeux vidéo iraniens en 1996 et avez depuis travaillé sur un large éventail de projets musicaux et artistiques. Avec le recul, qu’est-ce qui a le plus changé dans votre rapport à la composition ? Et qu’essayez-vous encore de découvrir ou d’accomplir en tant que musicien que vous n’avez pas encore pleinement exploré ?

Ma relation à la musique me fait penser à notre place dans le cosmos : vaste, illimitée et en grande partie inexplorée. Il arrive parfois qu’un musicien se sente accompli et sûr de son art ; puis une nouvelle intuition ou une révélation surgit, qui vous rappelle à quel point vous êtes infime au sein de cet univers musical infini. Je me vois naviguer dans cette étendue, porté par la joie pure de découvrir de nouvelles planètes et de nouvelles étoiles en chemin.

Pour l’avenir, j’ai plusieurs projets majeurs en cours. Un recueil proposant des arrangements de 40 de mes morceaux destinés aux élèves de piano et aux interprètes, afin de partager l’épanouissement créatif que j’ai ressenti en les composant et en les jouant.

J’ai préparé des partitions pour divers ensembles et je suis en pourparlers avec plusieurs orchestres afin de faire monter ces œuvres sur scène.

Deux projets studio distincts sont en cours. Le premier, Awareness, est une exploration électronique qui porte sur les particules microscopiques qui composent l’existence. Le second Epic, présente des réinterprétations dramatiques et cinématographiques, à la manière de bandes-annonces, de morceaux sélectionnés, dont la sortie est prévue prochainement.

Des compositions instrumentales aux nouvelles signatures pop, retrouvez également nos découvertes et portraits d’artistes dans notre rubrique POP, où se croisent les univers musicaux et les talents qui méritent une place dans vos playlists.

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