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KeaS2 revient avec « Maturité (c’est pas trop tôt!) », 30 ans après ses débuts sur « Rapattitude 2 »

KeaS2 revient avec Maturité, 30 ans après Rapattitude 2

En 1992, KeaS2 apparaissait sur Rapattitude 2, compilation devenue l’un des documents importants des débuts du rap français. Il avait alors 17 ans. Trente-quatre ans plus tard, il revient avec son premier album, Maturité (c’est pas trop tôt !), sorti le 21 septembre 2026. Entre les deux, il y a eu l’architecture, la house, un label indépendant, le jazz, une carrière professionnelle, une famille et des années pendant lesquelles le rap est resté quelque part dans un coin de sa vie.

Ce retour n’a donc rien d’un simple exercice de nostalgie. KeaS2 reprend plutôt le fil d’une écriture interrompue, avec ce que trois décennies ont changé dans sa vie et dans son regard sur le monde.

Trente ans pour reprendre le micro

Franck Tillequin aka KeaS2 découvre le hip-hop à neuf ans, en 1984, avec l’émission de Sidney. Trois ans plus tard, le DEENASTYLE de Dee Nasty sur Radio Nova confirme une évidence. Il veut écrire, rapper et comprendre cette culture de l’intérieur. En parallèle, il étudie le saxophone au conservatoire et commence à rédiger ses premiers textes, parfois engagés, parfois satiriques.

À 17 ans, il enregistre Roi du Micro, morceau qui sera retenu pour Rapattitude 2, aux côtés notamment d’IAM, B Love et du Côté Obscur. L’expérience est fondatrice, mais elle ne résume pas son rapport au rap pour autant. Le choix du morceau par le label et certaines critiques de l’époque ont laissé l’impression d’un artiste mal compris, dont les textes engagés et la satire dépassaient largement le seul registre de l’ego-trip.

Couverture du magazine L'Affiche n°37 d'avril 1992 avec King Daddy Yod à vélo, annonçant le supplément Rapattitude 2.
Couverture du magazine L’Affiche (n°37, avril 1992) dédiée à King Daddy Yod, à l’occasion de la sortie de la compilation Rapattitude 2.

Puis la trajectoire bifurque.

KeaS2 se passionne pour la musique électronique et achète son propre matériel afin de pouvoir composer sans dépendre d’autres musiciens. Il travaille sur Cubase, s’oriente vers la house et la techno minimale, fonde Spasm Records avec deux amis et se produit notamment au Rex Club et à La Laiterie de Strasbourg. Dans le même temps, il poursuit des études d’architecture.

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Cette double pratique finira par devenir particulièrement cohérente. Son diplôme de fin d’études porte sur la transformation d’une usine désaffectée en centre culturel consacré aux musiques électroniques, avec une réflexion qui rapproche la réhabilitation architecturale du sampling. L’idée est simple et fertile. Plutôt que d’effacer ce qui existe, il faut savoir lui donner une nouvelle fonction et une nouvelle vie.

Le rap n’a jamais vraiment disparu de son radar

En 2000, Franck devient architecte et la musique passe au second plan. Pendant vingt-cinq ans, il construit une carrière dans l’architecture, travaille sur de grands projets, développe une activité en Asie puis à Montpellier et finit par créer sa propre structure spécialisée dans l’architecture bioclimatique et durable. Le saxophone, lui, revient par le jazz dans un cadre plus intime. Le rap reste en attente.

Le déclencheur arrive au milieu des années 2020. La cinquantaine passée, ses enfants devenus adolescents, une situation politique et géopolitique tendue, la crise climatique et une envie d’écrire qui ne disparaît pas finissent par provoquer le retour au studio.

Deux morceaux sont d’abord écrits pour ses proches, Bahareh et Max & Zoé. Puis les anciens textes ressortent des tiroirs. Certains datent de près de 35 ans. Les carnets, la table de mixage, le sampler et les machines reprennent du service. KeaS2 utilise également des outils de production plus récents, dont l’intelligence artificielle, sans abandonner les instruments qui font partie de son parcours, notamment le saxophone, le piano et les percussions.

Le disque prend alors une forme qui aurait été impossible à anticiper en 1992.

Refuser de réduire la maturité à l’âge

Maturité (c’est pas trop tôt !) compte quatorze titres et un bonus. Le titre de l’album annonce déjà une certaine distance avec le sérieux attendu d’un artiste qui revient après trois décennies. KeaS2 a cinquante ans passés, mais il n’a manifestement pas envie de transformer cet âge en posture.

Portrait photo noir et blanc à haut contraste de deux hommes, l'un penché derrière l'autre, posant de face. Le style graphique est monochrome et épuré.
Portrait photo noir et blanc de KeaS2 et DJ Kaler

Le disque passe ainsi de sujets très personnels à des textes consacrés aux réseaux sociaux, à l’écologie, aux rapports de pouvoir, aux conflits internationaux ou encore aux contradictions individuelles. Le point commun n’est pas une couleur musicale unique, mais une écriture qui donne la priorité au texte et à un flow posé.

Musicalement, KeaS2 revendique les fondations du rap français de la fin des années 1980 et du début des années 1990, avec IAM, MC Solaar et NTM, tout en citant A Tribe Called Quest, De La Soul, Grandmaster Flash et Afrika Bambaataa parmi ses influences. Des références plus contemporaines comme Orelsan et Bigflo & Oli apparaissent également dans son approche. Les productions oscillent entre boom-bap jazzy, piano mélancolique, basses groovy et saxophone.

Des textes écrits hier qui trouvent un autre sens aujourd’hui

Le cas de Monsieur le Président est particulièrement révélateur. KeaS2 avait écrit ce texte dans les années 1990. Il le reprend aujourd’hui, avec quelques adaptations, dans un morceau qui suit l’ascension puis la chute d’un personnage politique. Le sujet a changé de contexte, mais le texte a suffisamment résisté au temps pour retrouver une place sur cet album.

Retour de son, Old School Never Dies assume davantage encore cette confrontation avec le passé. KeaS2 y raconte son propre parcours, du conservatoire à Rapattitude 2, en passant par la house et le jazz. Le morceau devient une sorte d’autoportrait musical dans lequel le saxophone encadre le récit.

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À l’autre bout du disque, 2056, 2026 il était encore temps imagine un futur marqué par une catastrophe climatique, tandis que Green Guérilla prolonge cette réflexion autour de la végétalisation des villes. Le regard est forcément différent lorsqu’il vient d’un architecte spécialisé dans les questions environnementales.

KeaS2 ne sépare donc pas vraiment ses deux vies. L’architecte nourrit le rappeur et le rappeur retourne chercher dans ses archives ce que l’adulte n’avait pas encore terminé.

La famille s’invite aussi dans la confection du disque

L’album devient plus personnel avec Max & Zoé, consacré aux deux enfants de KeaS2, et Bahareh (Azizam), lettre d’amour adressée à sa compagne. Ces titres déplacent le disque vers quelque chose de plus intime, loin des morceaux ouvertement engagés.

Mais c’est surtout J’ai pas/trop d’inspi qui donne au projet une dimension particulière. KeaS2 partage le morceau avec sa fille Zoé, qui se produit sous le nom d’iDM. Le titre met en scène leurs deux rapports à la création, entre les idées qui arrivent sans prévenir pour le père et la difficulté de trouver par où commencer pour la fille. Le troisième couplet prend alors la forme d’un passage de relais entre deux générations.

« Roi du Micro » revient trente ans plus tard

Le dernier geste du disque est peut-être le plus parlant.

En bonus, KeaS2 reprend Roi du Micro, le morceau qu’il avait enregistré à 17 ans pour Rapattitude 2. Le titre devient un jazz-rap edit 2026, avec un nouveau flow, une nouvelle production jazz-funky et du saxophone.

Trente ans après, le même texte revient avec une autre voix derrière le micro.

C’est probablement la meilleure manière de comprendre Maturité (c’est pas trop tôt !). Le disque prend les traces laissées par trente années de vie professionnelle, de musique, de famille et d’engagements pour retourner vers une envie qui, elle, n’avait jamais complètement disparu.

KeaS2 avait simplement mis le micro en veille et en 2026, il le rallume avec quatorze morceaux, un bonus et suffisamment de vécu pour regarder son propre passé sans avoir besoin de le reproduire.

Maturité (c’est pas trop tôt !) est disponible depuis ce lundi. Une date qui n’a pas été choisie au hasard puisqu’elle correspond à la Journée internationale de la paix. Tout un programme !

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