Nicolas Fraissinet publie une version piano-voix de « La corrida », trente et un ans après la sortie du titre original de Francis Cabrel. L’artiste franco-suisse retire les arrangements, garde le texte intact et laisse la mélodie porter seule ce qui reste l’un des morceaux les plus engagés de la chanson française.
Un texte qui n’a pas pris une ride depuis 1994
La corrida sort en 1994 sur l’album Samedi soir sur la terre. Cabrel y adopte le point de vue du taureau dans l’arène, un choix rare pour l’époque dans la chanson populaire française. Le morceau est depuis régulièrement décrit comme un texte fondateur sur la cause animale, bien avant que le sujet ne devienne un terrain d’engagement courant chez les artistes. Trente ans plus tard, Cabrel a lui-même remis le titre en avant en dévoilant un premier clip officiel, preuve que la chanson continue de circuler bien au-delà de sa génération d’origine.
Nicolas Fraissinet, un parcours construit loin des formats attendus
Né en Suisse et formé d’abord au conservatoire classique puis au jazz, Nicolas Fraissinet grandit ensuite en France, où il termine sa scolarité avant de revenir au piano comme instrument central de son écriture. Son premier album, Courants d’Air, sort en 2008 et se vend à plusieurs milliers d’exemplaires, porté par une tournée de plus de 180 concerts en Europe francophone et au Canada. Suivent Les Métamorphoses en 2011, puis une série de scènes marquantes comme le Sentier des Halles, le Réservoir ou l’Olympia.
Sa formation parallèle en cinéma influence directement sa manière de construire un morceau comme une image, et il joue au piano avec un gant à la main gauche, un appui destiné à compenser une vue fragile. Le Parisien a résumé son style comme un point de rencontre entre le piano de Tori Amos et le rock de Noir Désir, quand d’autres le rapprochent de Polnareff pour son sens de la mélodie.
Joie Sauvage, un projet construit autour du vivant
Sorti le 17 janvier 2025, Joie Sauvage est un album de douze titres inédits accompagné d’un livre et d’un spectacle. Le projet tout entier tourne autour de la condition animale et de la résilience du monde sauvage, décliné en concert avec des images projetées et synchronisées à la musique live.
Nicolas Fraissinet l’a défendu sur scène au Zèbre de Belleville en mars 2025, avant de le prolonger sur d’autres dates en France et en Suisse. Le single Amours Polaires, sorti quelques semaines avant l’album, en donnait déjà la tonalité. L’écriture y est sensible, mais jamais démonstrative, au service d’un sujet précis plutôt que d’une ambiance vague.
Une reprise qui prolonge le projet plutôt qu’elle ne l’illustre
Reprendre La corrida après Joie Sauvage n’est pas un geste promotionnel isolé. Le morceau de Cabrel partage exactement le sujet que Nicolas Fraissinet développe depuis un an, et le choix du piano-voix suit la même logique que le reste de l’album : retirer ce qui pourrait distraire de l’écoute. Fraissinet lui-même présente La corrida comme l’un des plus grands textes de la chanson française, et sa version ne cherche pas à rivaliser avec l’originale.
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