Le tribunal régional de Munich a tranché vendredi 31 juillet. Suno a violé le droit d’auteur allemand en entraînant son IA sur des chansons protégées par la GEMA, l’équivalent local de la Sacem. La procédure, engagée en janvier 2025, s’est soldée par une défaite nette pour la startup américaine. Elle est condamnée à verser des dommages et intérêts dont le montant reste à fixer et doit communiquer à la GEMA les revenus tirés de cette exploitation.
Un jugement clair sans équivoque
L’affaire portait sur six morceaux emblématiques du répertoire allemand et européen. Parmi eux figurent Forever Young et Big in Japan d’Alphaville, Mambo No. 5 de Lou Bega, ainsi que Rasputin et Daddy Cool de Boney M. La juge Elke Schwager a retenu deux infractions distinctes en ce qui est que le simple fait d’avoir stocké ces œuvres dans les poids du modèle constitue une atteinte au droit de reproduction. De même le fait de permettre aux utilisateurs de générer des morceaux qui les reproduisent constitue quant à lui une atteinte au droit de mise à disposition du public.
Pour établir la preuve, les avocats de la GEMA avaient directement testé Suno en soumettant à l’IA les paroles originales de ces chansons associées à un style musical donné. Les résultats obtenus ont été jugés trop proches des originaux pour relever de la coïncidence.
Suno a contesté la compétence du tribunal allemand en arguant que l’entraînement du modèle avait eu lieu aux États-Unis. L’argument n’a pas convaincu la chambre, qui a jugé l’entreprise coupable au regard du droit allemand comme du droit américain. Suno a fait savoir qu’elle étudiait la possibilité de faire appel.
Une deuxième défaite face à la GEMA en quelques mois
C’est la deuxième fois que la GEMA obtient gain de cause contre une entreprise américaine d’IA générative. En novembre 2025, la même juge avait donné raison à l’organisme face à OpenAI sur l’utilisation non autorisée de paroles de chansons allemandes. Le président de la GEMA, Tobias Holzmüller, a salué une décision qui oblige désormais les plateformes d’IA à payer pour les licences plutôt qu’à se servir librement dans le répertoire des ayants droit.
Un front judiciaire qui s’élargit
Cette condamnation allemande vient s’ajouter à une liste déjà longue de litiges pour Suno. L’entreprise reste engagée dans une bataille judiciaire aux États-Unis face à Universal Music Group et Sony Music, qui l’accusent d’avoir intégré plus de 61 000 chansons dans ses données d’entraînement sans autorisation. Elle fait aussi face à une plainte de l’organisme danois Koda, déposée en novembre 2025 devant le tribunal de Copenhague, portant sur des titres d’Aqua, MØ ou Christopher. Warner Music a rompu avec cette logique frontale en signant un accord de licence avec Suno en novembre 2025.
Un modèle économique qui tient bon malgré la pression judiciaire
Ces procédures n’ont pour l’instant aucun effet visible sur la trajectoire financière de Suno. L’entreprise a bouclé début juin une levée de fonds de 400 millions de dollars menée par Bond Capital, qui porte sa valorisation à 5,4 milliards de dollars, plus du double des 2,45 milliards atteints sept mois plus tôt. Suno revendique plus de 2 millions d’abonnés payants et visait, en février, un chiffre d’affaires annuel de 300 millions de dollars. La société emploie environ 200 personnes et prévoit une croissance de ses effectifs pouvant atteindre 70% d’ici la fin de l’année.
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